Banyuls : l’histoire d’un vin d’exception

Histoire du Banyuls de l’Antiquité à nos jours

L’influence Grecque et Romaine

C’est au VIe siècle avant J.-C. que les Grecs phocéens, fondateurs de Marseille (Massalia), établissent des colonies le long de la côte méditerranéenne. La création de Collioure et de son port à cette époque ayant pour but de commercer avec les marchands grecs d’Ampurias près de Gérone.

C’est sur les pentes escarpées du Roussillon, entre mer et montagne, que les premiers vignobles de Banyuls apparaissent. Les Grecs, connus pour leurs savoir-faire en viticulture, ont apporté avec eux des cépages et des techniques de culture, amorçant une tradition viticole qui traversera les âges. Ces terrasses de schiste voient croître des ceps robustes, nourris par le soleil généreux de la Méditerranée, sous des conditions géographiques et climatiques idéales pour la culture de la vigne.

A partir du IIe siècle avant J.-C. la région passe sous contrôle Romain après la conquête de la Gaule par les armées de Jules César. Les Romains étendent les vignobles grâce à l’introduction de techniques de viticulture plus avancées, comme l’irrigation, la taille et la sélection des cépages pour améliorer les rendements. La vinification romaine inclut des procédés de fermentation et de conservation qui ont posé les bases des techniques encore utilisées aujourd’hui.

Des fouilles archéologiques ont révélé des amphores romaines dans la région, attestant de l’importance du vin dans le commerce local et international. Ces amphores, utilisées pour transporter le vin à travers l’Empire étaient exposées de longues semaines sur les ponts des navires. Cette exposition aux variations de température et à la lumière directe du soleil provoquent des changements chimiques et physiques dans le vin, accélérant son oxydation et enrichissant sa palette aromatique. Les arômes et les saveurs de fruits secs, de noix, de caramel et d’épices, typiques des vins vieillis s’en trouvent ainsi transcendés. C’est de ce constat qu’est née la tradition de laisser le vin murir au soleil qui perdure aujourd’hui et qui distingue le Banyuls des autres vins doux naturels.

Banyuls et l’ordre des Templiers

En 1119, Hugues de Payens fonde l’Ordre des Templiers pour protéger les pèlerins en Terre Sainte. Rapidement, ils accumulent des terres et des propriétés à travers l’Europe, y compris en France, et en particulier dans le Roussillon, région hautement stratégique près de la frontière avec la Catalogne. Ils y établissent des commanderies et des centres agricoles et économiques pour gérer leurs possessions. Leur installation à Banyuls fait partie de leur stratégie d’établir des bases solides dans des régions agricoles productives, permettant de soutenir leurs opérations en Terre Sainte et en Europe.

Dès le milieu du XIIe siècle, l’Ordre des Templiers laisse une empreinte indélébile sur le paysage viticole de Banyuls. Ces chevaliers, avec leur savoir-faire et leur dévouement, introduisent des méthodes agricoles avancées, et améliorent les techniques de culture de la vigne qui favorisent la production d’un vin de qualité supérieure : ils réorganisent les terres et introduisent de nouveaux cépages, ils favorisent la plantation de vignobles sur les terres en friche et les pentes escarpées, ils mettent en place des systèmes d’irrigation et des terrasses pour empêcher l’érosion des sols sur les pentes abruptes, optimisant ainsi l’utilisation du terroir unique de Banyuls.

Les templiers construisent également des caves et des celliers pour stocker et vieillir le vin, et améliorent ainsi sa qualité et sa conservation. Les Templiers et leur réseau de commerce étendu à travers l’Europe et le Moyen-Orient contribuent à l’expansion de la renommée du Banyuls et à la prospérité locale.

Arnaud de Villeneuve et la technique du mutage

Le XIIIe siècle apporte une innovation majeure avec Arnaud de Villeneuve. Cet enfant du Pays, alchimiste et médecin, promeut une nouvelle méthode de distillation du vin par alambic à des fins médicales, méthode qui permettra le perfectionnement de la technique du mutage. Ce procédé, consistant à ajouter de l’alcool au moût pour arrêter la fermentation, permet de conserver les sucres naturels du raisin, donnant naissance à des vins doux, riches et complexes, de meilleure qualité et plus durables. Cette technique, adoptée par de nombreuses régions viticoles, a donné naissance à des vins comme le Madère, le Porto ou les Pineaux, pour ne citer qu’eux. Les vignerons de Banyuls, toujours à la pointe de l’innovation, ont été parmi les précurseurs dans ce domaine.

Le Banyuls, un vin Royal

Tout au long du moyen Age, le Roussillon passe alternativement entre les mains du royaume de France et de celui d’Aragon, au gré des guerres, des mariages, ou des alliances politiques, tantôt rattaché aux comtés de Toulouse ou de Barcelone, dirigés par les mêmes familles. En 1207, Le commerce du vin, florissant depuis les ports, est encouragé par Jacques 1er de Majorque puis par les rois d’Aragon, avec notamment la rétrocession aux communes viticoles d’une taxe perçue sur les vins importés.

A cette époque, le vin est surtout sec, souvent « fortifié » par adjonction d’alcool ou naturellement doux. Grâce à son titre alcoométrique volumique élevé, il voyage très bien et acquiert une grande notoriété dans les cours d’Aragon, de Castille, des rois de Majorque. Plus tard, depuis Collioure, en franchissant le détroit de Gibraltar, il est servi à la cours des Flandres. C’est en 1642 que Louis XIII prend la ville qui devient définitivement française en 1659 avec le traité des Pyrénées.

Le Banyuls, un vin sacré de « première classe »

La Renaissance voit une consolidation des pratiques viticoles à Banyuls. Les techniques de vinification s’affinent et la qualité exceptionnelle des vins de Banyuls conforte leur réputation auprès de l’aristocratie occitane. Leur douceur et leur complexité aromatique les rendent particulièrement appréciés pour les messes et les célébrations religieuses. Ce statut sacré du Banyuls comme vin de messe reflète non seulement sa pureté mais aussi son ancrage profond dans les traditions locales.
Vers 1775, le vignoble de la région va connaître un fort développement car les travailleurs locaux vont devenir pêcheurs d’avril à septembre et vignerons le reste de l’année. C’est à cette époque que les vignobles en terrasses vont se développer et porter la superficie du vignoble à 3 000 hectares, et s’élever à plus de 400m d’altitude dans les contreforts pyrénéens.

En 1816, André Jullien, le fameux négociant et œnologue, auteur de nombreux ouvrages sur le vin, attribue dans sa « topographie de tous les vignobles connus » la « première classe », à « Bagnols » (Banyuls-sur-Mer) qui « produit des vins d’une couleur très foncée, pleins de corps et de spiritueux, avec de la moelle, du velouté et un fort bon goût ».

La notoriété du Banyuls s’accroît alors auprès de la bourgeoisie Française : notables, abbés, docteurs en médecine, pharmaciens et riches propriétaires sont convaincus des bienfaits et de la haute qualité de ces vins généreux.

Côme ROUFFIA, dans son « Ampélographie du Roussillon », en 1866, en témoigne : « Le grenache récolté à Collioure et Banyuls sur Mer est de première qualité. Lorsqu’il est vieux, il peut remplacer le meilleur Madère ».

En 1867, l’arrivée du chemin de fer à Port Vendres accélère le développement économique de la région, et bénéficie largement à la diffusion du Banyuls à travers le pays.

En 1873, l’abbé Rous, curé de Banyuls, souhaite agrandir et restaurer son église mais se heurte à l’évêché qui refuse de financer les travaux, faute de moyens. Le curé se lance alors dans le commerce des vins, appelés par ses soins «l’œuvre du vin de messe » pour financer les travaux. Il initie la vente directe « hors commerce », qui contribuera largement à la réputation de vin rare et de qualité du Banyuls. L’affaire devint vite une affaire prospère avec un chiffre d’affaires de 400 000 francs-or de l’époque. En 1879, des propriétaires terriens et des négociants se plaignirent des pertes financières causées par le commerce de l’Abbé Rous, si bien que l’évêché intervint pour le faire cesser et il fut finalement interdit en 1888.

Le Banyuls vin médicinal

A compter de 1880, le vin de Banyuls à base du cépage Grenache remplace le vin de Malaga dans le Codex medicamentarius comme vin officinal (vin de base des vins médicinaux) suite aux travaux du pharmacien Paul Oliver (1842-1890) de Collioure.

Le XXème siècle et l’entrée au panthéon viticole

C’est Le 18 septembre 1909, que l’appellation d’origine Banyuls est délimitée géographiquement par décret (Journal Officiel du 24 septembre 1909) à cheval sur les communes de Banyuls, Cerbère, Collioure et Port-Vendres.

A partir de 1920, les vignerons se regroupent pour mutualiser leurs efforts, améliorant ainsi la qualité et la reconnaissance de leurs vins. Les caves coopératives voient le jour, avec en 1921, la fondation de la cave coopérative de l’Etoile. La coopération permet de moderniser les équipements tout en respectant les traditions ancestrales. Les caves coopératives jouent un rôle important dans la dynamique de la production et de la commercialisation. La Coopérative des Templiers sera, elle, créée un peu plus tard, en 1946.

En 1936, le Banyuls obtient l’appellation d’origine contrôlée (AOC), garantissant la reconnaissance de son terroir unique et de ses méthodes de production traditionnelles. L’appellation prévoit que les cépages principaux sont : Grenache, Macabeu (Macabeo), Malvoisie et Muscat. Les cépages accessoires (10 % maximum) sont Blanquette et Carignan ; les vins doux naturels doivent posséder un degré alcoolique en puissance de 14 ° avec adjonction de 6 à 10 % d’alcool à 90 ° minimum et un degré alcoolique minimum de 15 °. Les vins de liqueur sont obtenus par addition d’alcool à 90 ° minimum au moût avec un degré alcoolique minimum de 15 ° Le rendement maximal autorisé est fixé à 30 hL/ha de moût.

En 1956, suite aux gelées, il est décidé d’utiliser le cépage grenache gris moins sensible à la coulure. Le maire de Banyuls, André Parcé, décide alors de protéger la production de vin issue du cépage historique du Grenache noir qui a fait la réputation du vignoble. C’est ainsi que le 16 novembre 1962, l’AOC « Banyuls grand cru » est créée par décret. L’AOC certifie un vin issu du cépage Grenache noir ou rouge (75 % minimum), de moûts avec une richesse en sucre minimum de 252 g/L de sucre et une richesse minimum de 23° (alcool acquis et en puissance), avec un minimum de 18° d’alcool acquis. Il est également prévu la possibilité d’adjoindre les mentions Brut, Dry, demi-sec ou demi-doux pour les vins doux naturels et les vins de liqueur possédant moins de 54 g/L de sucres résiduels. Le rendement est limité à 25 hL/ha et l’élevage doit être d’au minimum de 30 mois.

Ce label exigeant fait que le « Banyuls Grand Cru » se distingue des autres Banyuls par ses arômes complexes de fruits confits, de cacao, et d’épices, révélant une profondeur et une richesse inégalées. Le vieillissement au soleil, pratique unique à Banyuls, accentue ces caractéristiques, conférant au vin une oxydation douce et une concentration aromatique exceptionnelle. L’appellation « Banyuls Grand Cru », n’est attribuée qu’à 175 hectares sur les 1750 que compte le vignoble et, avec ses stricts critères de qualité et son vieillissement prolongé, devient le fleuron de cette production : un nectar destiné à ravir les palais les plus exigeants.

Grâce à cette AOC Grand Cru, Le « Banyuls Grand Cru » entre au panthéon des plus grands vins de France, et rejoint dans ce classement les domaines les plus réputés du Bordelais, de Bourgogne ou de Champagne, peu nombreux à avoir obtenu cette certification, et confirme s’il en était, le caractère exceptionnel de ce vin, élaboré et amélioré de génération en génération depuis 2600 ans. Il est le seul vin doux naturel en France à bénéficier la mention Grand Cru.

Des terrasses antiques aux caves modernes, le Banyuls a su traverser les siècles en conservant son âme et son essence. La contribution des Templiers, l’innovation d’Arnaud de Villeneuve, et l’effort collectif de générations de vignerons ont façonné ce vin unique. Encore aujourd’hui, le Banyuls et son prestigieux « Grand Cru » continuent de raconter l’histoire d’un terroir exceptionnel, d’une tradition vinicole complexe et d’une quête incessante de la perfection.

Références externes :

https://www.hachette-vins.com/tout-sur-le-vin/appellations-vins/346/banyuls-grand-cru
https://www.abcduvin.com/index.php/term/,6c53aa9f5fa7aa706e53aaaaa3.xhtml
https://www.musee-boissons.com/pages/za_banyuls_grand_cru.html#adresses
https://www.musee-boissons.com/pdf/2011_decret_2011-1787_a_1829.pdf
https://www.musee-boissons.com/pdf/2012_decret_2012-655.pdf
https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_cru
https://terresdestempliers.com/pages/la-cave
https://www.abberous.com/la-cave/

 

 

Panier
Retour en haut